Alors que les tensions entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la CEDEAO font planer le risque d’une rupture durable, le Togo se positionne comme un acteur clé de la médiation régionale. Sous l’impulsion du président du Conseil, le Togo mise sur une diplomatie active pour retisser les liens fragilisés en Afrique de l’Ouest. Avec le lancement de la stratégie Togo-Sahel 2026-2028, le pays dépasse la gestion de crise pour proposer une approche pragmatique, centrée sur la sécurité, la logistique et le dialogue. L’ambition consiste à servir de passerelle entre souverainisme sahélien et intégration régionale, dans un contexte marqué par des menaces sécuritaires communes.
“La position du Togo est claire, le Togo est et sera toujours du côté des frères et sœurs des pays du Sahel. C’est notre position. Elle est assumée par le président du Conseil.”
ROBERT DUSSEY, Ministre des Affaires étrangères – Togo
Face aux tensions, les États ouest-africains maintiennent les acquis essentiels notamment la libre circulation, le commerce et le droit d’établissement, tout en relançant le dialogue engagé en mai 2025 à Bamako. L’espace CEDEAO représente au 29 janvier 2025, 12 pays et plus de 400 millions d’habitants, un potentiel économique majeur que les acteurs cherchent à préserver. Malgré les divergences, les pays de l’AES continuent de participer à des institutions clés comme la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) , illustrant une volonté de ne pas rompre totalement les liens régionaux.
“ La Cedeao n’est pas simplement une organisation économique, elle est une communauté de destin partagée. Les destins partagés signifient que la souffrance des peuples du Sahel n’est pas leur seule souffrance. C’est la nôtre, leur insécurité et notre sécurité, leur développement et notre développement, leur avenir et notre avenir. Nous sommes un seul peuple et un seul peuple doit marcher ensemble.”Omar Alieu Touray, Président de la Commission de la CEDEAO – Gambie
En marge de cette dynamique, Lomé a accueilli une rencontre inédite réunissant les trois pays de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger) et 15 envoyés spéciaux internationaux ainsi que des organisations internationales. Ce format élargi marque un succès diplomatique pour le Togo, qui parvient à instaurer un cadre d’échanges direct entre acteurs régionaux et partenaires internationaux. Les discussions ont porté sur la lutte contre le terrorisme et la nécessité de traduire les engagements en actions concrètes, en s’appuyant sur l’unité stratégique de l’AES.
“ C’est un succès indéniable pour le Togo, le fait d’avoir mis un face à face ou ensemble, on va dire quinze envoyés spéciaux, sans compter maintenant les organisations internationales et les pays de l’AES .”Bakary Yaou Sangaré, Ministre des Affaires étrangères – Niger
“Que ce soit sur la sécurité comme sur le développement, il faudra que nous arrivions à trouver des réponses endogènes dans le cadre de la Confédération des établissements. C’est aujourd’hui une de nos options pour la sécurité. Nous comptons sur nos propres ressources. ”Abdoulaye Diop, Ministre des Affaires étrangères – Mali
A noter que l’AES a renforcé sa souveraineté sécuritaire, politique et économique. Depuis le 16 septembre 2023, les trois États ont engagé des opérations militaires conjointes dans le Liptako-Gourma et posé les bases d’une force commune. La rupture politique s’est matérialisée avec le retrait de la CEDEAO et la création d’une Confédération en juillet 2024, suivie en décembre 2025 par la mise en place de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement, dotée de 500 milliards FCFA et basée à Bamako. Parallèlement, des projets de monnaie commune, de libre circulation et d’intégration économique traduisent une volonté d’autonomie. Portée par la devise « Un espace – Un peuple – Un destin », l’AES s’affirme comme un bloc en construction, déterminé à peser sur son avenir



