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« La beauté d’un système d’oléoducs est qu’il permet de créer des zones industrielles » : Gabriel Mbaga Obiang, ministre des Mines et des Hydrocarbures de la Guinée équatoriale

Dans cette édition de décryptage sur Africa 24, nous recevons Gabriel Mbaga Obiang Lima, ministre des Mines et des Hydrocarbures de la Guinée équatoriale. Il s’exprime sur le rôle de l’organisation des producteurs de pétrole africains et d’autres organisations sur le continent pour le développement de la coopération énergétique.

1-La Guinée équatoriale a reçu la visite du secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), Haitham al-Ghais. Quel était l’intérêt de cette rencontre ?

L’une des principales caractéristiques du nouveau secrétaire général est qu’il pense que la participation des membres africains à l’OPEP est très importante, et l’une des premières choses qu’il a faites a été de nous le faire savoir. Il était également question du rôle important que de nombreux membres africains allaient jouer pendant son mandat. Il est clair qu’il a décidé de visiter la Guinée équatoriale pour deux raisons principales. La première raison est que nous sommes membres de l’OPEP, et la deuxième raison est qu’en même temps nous aurons la présidence de l’OPEP à partir de 2023.  L’autre raison est que nous sommes très engagés dans de nombreuses questions qui concernent les énergies fossiles, le pétrole brut; et il a pensé que c’était très important de la part de l’un des pays membres de l’OPEP. En outre, c’est un message qui prouve que le fait d’être membre de l’OPEP n’a rien à voir avec la taille du pays, le volume de la production, et cela prouve que chaque membre a un pouvoir de décision et un pouvoir équitable dans l’organisation et, c’est dans ce sens que, la Guinée équatoriale occupera la présidence à partir de 2023 ; c’est un très bon début pour ce que nous allons avoir à partir de l’année prochaine.   

2 -Lors de leur dernière réunion ministérielle le 05 septembre, l’OPEP et ses alliés dont la Russie (OPEP+) ont décidé de réduire leur production globale d’hydrocarbures de 100 000 barils par jour en octobre pour freiner la baisse des cours du pétrole (situés actuellement à environ 92 dollars le baril contre 120 dollars en juin). Or, de nombreux pays se plaignent des cours actuels des matières premières énergétiques. N’êtes vous pas contre l’intérêt du plus grand nombre?

La première chose qu’il faut savoir est que l’OPEP ne contrôle pas les prix. Ce que l’OPEP fait, c’est que nous évaluons la consommation et l’offre. Ce que nous faisons en fait, c’est que nous surveillons la quantité de l’offre et la demande du marché, nous ne contrôlons pas le prix, si le prix est élevé, ce n’est pas vraiment à cause de l’OPEP. C’est lié à des facteurs comme la géopolitique, le conflit Russie-Ukraine, le retrait de dix millions de barils de l’OPEP, le ralentissement de l’économie en Chine. Il y a donc beaucoup d’aspects qui font fluctuer les prix. La seule chose que fait l’OPEP, c’est superviser le volume de l’offre de brut par rapport au volume de la demande. Il est donc clair que ce n’est pas comme beaucoup de gens le pensent, que l’OPEP est celle qui augmente artificiellement le prix, ce n’est pas le cas, la seule chose que nous faisons est de surveiller clairement que la quantité de l’offre corresponde à la quantité de demande.  

3- La Guinée équatoriale a rejoint l’OPEP en 2017. Qu’est-ce que cette adhésion a éventuellement changé pour votre secteur pétrolier et gazier ?

Ce que nous avons fait, c’est que nous sommes devenus plus conscients de l’importance des données. Il est très important de suivre les données sur la production, sur l’économie, mais il est également important de ne pas se contenter de produire un actif ou un produit de base et de le vendre au prix du marché. Vous devez comprendre comment le marché fonctionne. L’autre aspect qui nous a vraiment aidés est que nous avons eu l’occasion de travailler avec d’autres pays qui ont des décennies d’expérience dans le domaine du gaz. Ils ont donc pu nous conseiller sur certaines choses que nous faisons bien, mais aussi sur d’autres que nous devons améliorer. Je pense que la contribution qu’ils nous ont apportée a été plus importante que toute autre chose et que nous aurions dû adhérer à l’OPEP bien avant, mais comme je l’ai dit, il n’est jamais trop tard. Nous avons adhéré à l’OPEP, nous en avons tiré des enseignements, mais je dois dire que l’élément clé est l’information, les données. Il ne s’agit pas seulement de données sur l’offre de pétrole brut ou sur l’offre et la demande, mais aussi de données internationales sur la consommation énergétique dans le monde entier, ainsi que de l’interaction avec d’autres organisations qui sont essentielles pour comprendre le fonctionnement du marché.

4- L’OPEP n’intervient pas dans la fixation des prix du pétrole mais se préoccupe de la situation des pays producteurs de pétrole qui ne sont pas en mesure d’utiliser le pétrole qu’ils produisent ? Existe-t-il un mécanisme mis en place pour aider les pays producteurs à atteindre le niveau d’auto productivité ?

Une autre chose que les gens ne comprennent pas, c’est qu’ils voient le prix du pétrole et le reflètent ensuite lorsqu’ils vont dans les stations. Lorsque vous êtes dans une station-service et que vous mettez du carburant dans votre réservoir, vous pensez automatiquement que le prix est élevé à cause du pétrole brut, alors que ce n’est pas le cas. Le prix que vous avez dans la station a de nombreuses composantes qui n’ont rien à voir avec le prix. Il y a les taxes artificielles qui sont mises en place pour cela et même des questions comme la provenance de l’approvisionnement. D’autres personnes pensent que lorsque le prix du pétrole augmente, le prix à la station augmente. Faites cette observation : lorsque le prix du pétrole augmente, vous voyez que les prix augmentent dans votre station, mais lorsque le prix du pétrole diminue, il n’en va pas de même dans la station. Ce que les gens devraient se demander, c’est pourquoi lorsque le prix du pétrole baisse, l’essence et les autres produits ne baissent pas ? Parce qu’il y a d’autres paramètres que les gouvernements mettent en place, comme les taxes, les compensations spéciales, qui, d’une certaine manière, sont maintenues par le gouvernement et qui, d’une certaine manière, fluctuent. C’est pourquoi vous avez des pays comme l’Arabie Saoudite où le prix du gaz est très bas parce qu’ils enlèvent toutes les taxes. Mais il y a d’autres pays comme la Suisse ou l’Espagne où les prix sont très élevés parce que le gouvernement veut plus de taxes, donc les prix au jour le jour n’a rien à voir avec le prix international du brut. 

5-Votre pays est prêt à moderniser ou à mettre en place une raffinerie afin de produire le pétrole qu’il utilise. Quand peut-on s’attendre à ce qu’elle soit en service ?

Nous voulons être pragmatiques et réalistes. La Guinée Équatoriale est un petit marché avec une population limitée, nous devons donc faire les choses en fonction de notre taille.  Et ce qu’on ne peut pas se permettre de faire, c’est de faire quelque chose qui va nous dépasser parce qu’il faudra se lancer à la recherche d’un marché autrement.  Pour être en mesure de produire davantage, nous devons investir davantage dans des activités et nous prévoyons de commencer à forer davantage à partir de l’année prochaine et même de lancer un nouveau projet ambitieux de plateforme flottante, mais tous ces sujets sur comment se porte l’économie nous rassurent et nous confortent  C’est pourquoi les projets dans lesquels nous avons été récemment impliqués, comme le Central African Pipeline System, sont très importants car si un marché est créé dans une région, même si nous avons une très grande raffinerie, nous pourrons écouler sur le marché.

6 -Vous vous êtes réunis à Douala, au Cameroun, du 08 au 09 septembre 2022, avec les ministres des Mines et des Hydrocarbures des pays d’Afrique centrale dans le cadre du Central Africa Business Energy Forum (CABEF). Quelles ont été vos principales discussions à cet événement ?

Il a été question lors de cet événement de pouvoir discuter à la fois de la situation actuelle de l’industrie pétrolière, principalement du pétrole et du gaz, mais aussi d’une initiative que nous avions lancée en Guinée équatoriale; il s’agit en réalité d’une initiative régionale, pas seulement de la Guinée équatoriale. Il s’agit de ce que nous appelons le Central African Pipeline System. Le projet a été inspiré par un signe clair que nous avions reçu de la part des pays développés, qui proposent une politique de transition énergétique. Ils disent que d’ici 2030, ils passeront des énergies fossiles aux énergies renouvelables. c’est-à-dire qu’en 2030, ils ne voudront plus de notre gaz. L’une des questions qui se posent est de savoir ce que nous allons faire en 2030. L’une des solutions est que, plutôt que de nous asseoir et d’attendre 2030, nous devons nous concentrer sur la création de notre propre marché, de sorte que lorsque 2030 arrivera, nous ne nous en soucions pas, car nous approvisionnons notre propre marché. Il est clair que nous devons comprendre que la mise en place d’un système de pipelines ne sert pas seulement à exporter du brut, mais aussi de l’essence, du gaz et d’autres produits pétrochimiques. La beauté d’un système d’oléoducs est qu’il permet de créer des zones industrielles, parce que lorsque vous avez une zone industrielle, vous pouvez avoir le produit pour l’électricité, pour la pétrochimie et les coûts sont extrêmement faibles parce que l’infrastructure est déjà en place. 

7-A Dakar au Sénégal le 02 septembre, lors d’un autre événement (MSGBC Oil, Gas & Power 2022), vous avez annoncé le lancement du Central African Pipeline System (CAPS). Pouvez-vous nous en dire plus sur cette initiative ? A-t-on fait une  estimation du coût, avez-vous déjà reçu des réponses favorables de partenaires financiers potentiels ?

Le coût n’est pas encore véritablement estimé car tout dépend du marché. Ce que chacun des pays fera, c’est présenter sa demande. Le Cameroun par exemple peut dire, je veux cent mégawatts ou je veux telle autre quantité de produits. Une fois que l’on sait ce que sera la demande, c’est là que l’on peut faire le décime. L’autre problème est que vous devez séparer les projets. Il s’agira dans le cas présent d’un projet à initiative publique et privée. Donc il ne sera pas à 100% financé par les gouvernements. Ce que le gouvernement va faire, c’est penser le projet et à partir de là, nous allons le séparer en chaînes. Il y a la partie en amont, qui est déjà prise en charge ; la Guinée Equatoriale, le Gabon, le Congo, tous ces pays produisent déjà du pétrole et du gaz.  La deuxième chose, ce sont les liaisons. La liaison est un port. indiqué où on pourra recevoir des produits. Le troisième est le système d’oléoducs qui approvisionne l’autre partie. Il y a souvent beaucoup d’organisations comme l’Eximbank de Chine, l’Eximbank des États-Unis, l’Eximbank d’Inde, la Turquie et le reste qui peuvent venir et dire qu’ils sont prêts à financer l’oléoduc entier.   Le dernier sera la réception du produit final et c’est là que la zone industrielle et les clients clés devront agir. Donc le projet va être divisé en différentes zones, il va se développer et il sera financé en même temps non pas à cent pour cent par le gouvernement mais aussi par les investisseurs privés qui, encore une fois, ont besoin d’être clairs sur la façon dont cela va fonctionner et quelle sera leur part pour que ce soit un succès et, comme je l’ai dit, les études seront achevées au milieu de l’année prochaine, le ministre les recevra et, espérons-le, la prochaine fois que nous nous rencontrerons à N’Djamena, ce sera pour signer un accord de coopération.

8 – Quel est l’horizon envisagé pour la mise en œuvre du CAPS ?

La date butoir c’est 2030. Nous n’avons que 7 ans. Lorsque j’étais à Douala, j’ai été très clair avec tous mes collègues ministres. Ce n’est pas un projet qui peut attendre.  Parce qu’en 2030, les Européens, les Américains, les Asiatiques feront la transition énergétique, c’est-à-dire qu’en 2030, nous n’aurons plus de marché pour vendre nos hydrocarbures. C’est pourquoi il est très important que nous fassions cela dans une période de sept ans. Si nous ne le faisons pas en sept ans, nous nous retrouverons avec notre pétrole et notre gaz sans aucun marché pour l’écouler parce que l’ensemble de l’industrie et du marché mondial aura changé et ne voudra plus de nos hydrocarbures. 

9-Quel devrait être le rôle de l’organisation des producteur de pétrole africains et d’autres organisations sur le continent pour le développement de la coopération énergétique en pays africains

L’APPO joue un rôle très important car elle doit être une organisation comme l’OPEP qui nous guide sur la façon dont le marché se comporte. En même temps, c’est une organisation qui doit nous aider à mieux exploiter ces ressources. Le meilleur exemple est que nous produisons tous du pétrole et du gaz, mais la seule chose que nous faisons est de calculer combien ces produits vont nous rapporter. Ce que nous oublions, c’est qu’avec ce pétrole, de nombreuses industries et emplois sont créés, car le pétrole n’est pas seulement utilisé pour l’essence et le kérosène. Il est également utilisé pour la pétrochimie ; le pétrole est utilisé pour de nombreuses autres industries, la même chose se produit avec le gaz. Les organisations telles que l’APPO sont donc là pour nous guider, pour nous enseigner et en même temps nous orienter vers les industries qui peuvent être créées. C’est vraiment la partie que l’APPO doit faire, l’APPO a une plus grande mission, travailler sur les pipelines régionaux. Donc si nous avons un pipeline en Afrique centrale, si l’Afrique australe a un pipeline régional, si l’Afrique de l’Est a un pipeline comme l’Afrique du Nord le fait déjà, le travail final de l’APPO sera de connecter tous ces pipelines. Il sera facile de produire de l’essence et de l’envoyer d’un coin de l’Afrique à un autre. Cela apportera un réel changement en Afrique, car le continent qui possède la plus grande réserve de minéraux est l’Afrique. Si nous avons déjà un système de pipelines qui peut fournir les ressources pour l’énergie, les compagnies minières n’auront pas besoin d’exporter les minéraux, mais ils seront exploités en Afrique, traités en Afrique et exportés comme produits finis.

11 –La Guinée Equatoriale défend depuis quelques années la coopération Sud-Sud en matière d’énergie. Ressentez-vous une adhésion des autres gouvernements africains à cette vision?

Je pense que oui, la volonté politique est là, tous les chefs d’Etat en parlent, tous les ministres en parlent. Il est clair qu’il y a toujours des personnes qui ne sont pas à l’aise avec cela; ceux qui sont plus protectionnistes, ce sont eux qui créent cette peur, que cela ne se fera pas. Laissez-moi vous donner un exemple. Je me souviens qu’il y a trois ans, lorsque le Cameroun et le Nigéria travaillaient sur l’ouverture des barrières commerciales, la plus grande crainte que beaucoup de Camerounais avaient était que le Nigéria inonderait le Cameroun de tous ses produits, mais c’est finalement le contraire qui s’est produit. En fait, c’est le Cameroun qui exporte davantage de produits vers le Nigeria, parce que le Nigeria est un grand marché. Il est clair qu’il y a toujours eu une crainte pour les petits. La vérité est que les petits sont généralement plus organisés et qu’ils ont tendance à travailler beaucoup mieux et à être plus efficaces. Comme je l’ai dit, la volonté politique est là, les chefs d’État en parlent tout le temps, mais ce qui est très important, c’est que nous devons faire ce commerce non seulement avec nos voisins, mais aussi avec tous les autres pays africains, car il existe de nombreuses synergies qui peuvent profiter à chacun d’entre nous. Le problème est que nous devons respecter les directives de notre chef d’État. Notre chef d’État nous dit de voyager en Afrique, notre chef d’État nous dit d’investir en Afrique. Il nous appartient donc, en tant que citoyens, de suivre absolument ce que nos chefs d’État disent et, heureusement, je ne suis pas le seul à le faire, mais nous avons une responsabilité, car nous savons que travailler ensemble pour créer un marché peut profiter à tout le monde en termes d’emplois et de croissance.

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