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Cameroun : les défis de l’accès aux semences de qualité

Répondre à leurs besoins en semences, c’est le défi des agriculteurs camerounais, à chaque campagne semencière. Fortement dépendants des semences de base importées, les acteurs du secteur agricole camerounais qui ont subi le contrecoup de la crise sanitaire dès 2020, font désormais face aux dysfonctionnements des chaînes d’approvisionnement, liés au conflit russo-ukrainien. Pour sauver leur activité tout en conservant de bons rendements, les agriculteurs du Cameroun se lancent dans la production locale de semences, une activité rigoureusement encadrée par la loi.

Au Cameroun, la pandémie de covid-19 a eu un effet inattendu sur le secteur agricole. Dès 2020, la fermeture des frontières des pays européens a rendu difficile, l’accès aux semences améliorées, principalement importées , aux agriculteurs. En 2022, la chaîne d’approvisionnement en semences connaît une nouvelle fois des perturbations, suite à la guerre russo-ukrainienne. Dans les champs, les agriculteurs apprennent des méthodes agricoles leur permettant d’optimiser l’utilisation des semences, devenues rares sur le marché.

“On importe nos pépinières de France, de Grande-Bretagne. Si le ministre de l’Agriculture pouvait accepter qu’on puisse valoriser nos semences disponibles localement, elles seraient de bonne qualité et nous n’aurions aucun problème” 

Brillant TAMO, Technicien agricoleCameroun

“Une semaine après avoir fait notre semis où nous avons mis trois à quatre graines dans chaque poquet, nous venons vérifier le taux de germination. Ici par exemple, nous avons trois graines sur quatre qui ont germé et on va attendre quatorze jours maximum pour préparer la transplantation. On va démarier pour garder une seule tige dans le poquet et les deux autres vont être transplantées ailleurs”

Jean-Jacques EBENE, Producteur de semences Cameroun

Les semences sont essentielles pour l’agriculture. Leur rareté met en danger l’activité agricole. Pour tenter de sauver l’agriculture, les acteurs du secteur se lancent dans la production de semences. Dans cette exploitation agricole située dans la localité de Soa, à 21,4 kilomètres de Yaoundé, sont produites des tomates de l’espèce Rio Tinto grâce à des semences issues de la pépinière du Groupe d’initiative commune  Hope. Le promoteur Jean Paul Kounou Nga estime à près de trois  tonnes par hectare le rendement possible des semences produites sur place.

“Il y a tout un tas de conditions à remplir pour atteindre un rendement optimal, telles que la qualité du sol, les différents types d’engrais à équilibrer et avoir le rendement normal du plant. Néanmoins, on essaie de s’adapter et on fait de bons rendements. Sur un hectare normalement, on devrait avoir un rendement de 2,4 à 3 tonnes, étant donné que le cageot de tomates pèse environ 20 kilogrammes, on obtient près de 1200 cageots.”

Jean Paul KOUNOU NGA, AgriculteurCameroun

L’activité semencière est encadrée par la  loi n° 2001/014 du 23 juillet 2001. Ce texte stipule que toute opération de production, conditionnement, importation, exportation ou commercialisation des semences est exercée sous le contrôle de l’Etat camerounais. A cet égard, l’Etat précise les normes techniques admises en matière de semences et assure le contrôle de la qualité et la certification des semences.

“Cette loi est claire. Cette loi dispose que l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) s’occupe de la sélection variétale et de la production de la semence jusqu’à la prébase. La production de semences de base peut se faire soit dans un institut de recherche, soit dans les fermes agricoles du ministère de l’Agriculture, soit par des privés qui ont une compétence reconnue par le ministère de l’Agriculture et l’IRAD. Mais il faut dire de manière claire ici que c’est le ministère de l’Agriculture qui seul, a le pouvoir de certifier les semences”

Gabriel MBAIROBE, Ministre de l’Agriculture et du Développement RuralCameroun

“On exige d’être organisés en groupes d’initiatives communes et c’est ce que nous avons fait. Après cette étape, on nous exige d’obtenir une déclaration d’activité semencière auprès du Fonds semencier, à la délégation régionale de l’Agriculture et du Développement Rural à Etoug-Ebe. Le Fonds semencier vous envoie une mission d’enquête technique de la réglementation du contrôle et de la qualité qui vient avec deux inspecteurs semenciers. Ils déterminent si vous êtes apte et avez une équipe susceptible de produire des semences. Après cela, l’agrément vous est délivré, vous faites un champ semencier, vous récoltez, vous passez des tests avant de vulgariser puis labelliser » 

Jean-Paul KOUNOU NGA, AgriculteurCameroun

Le difficile accès aux semences au Cameroun nourrit un autre secteur de l’activité semencière à savoir la production de semences paysannes. Pour les semenciers qui pratiquent cette activité, ce type de semences de base pourrait rendre l’agriculteur indépendant des semences importées. Pour éviter la propagation des maladies végétales au sein de leurs pépinières, certains ont recours aux techniques de l’agroécologie. 

“En agroécologie, on pense que tous les producteurs devraient être autonomes au niveau de la semence. Dans le cadre de nos activités agro-écologiques, les producteurs doivent s’armer pour produire eux-mêmes leurs semences à partir des semences de base qu’ils deviennent autonomes et ne dépendent plus de l’industrie semencière. Tous ceux qui prennent les semences chez nous, nous les encadrons pour qu’ils puissent reproduire eux-mêmes leurs semences. Nous sommes dans le mouvement des semences paysannes et dans ce cadre, il y a régulièrement des ateliers pour montrer aux gens en ce qui concerne  les semences les plus régulières,comment les reproduire pour ne plus avoir à les acheter systématiquement auprès des fournisseurs”

Jean-Jacques EBENE, Producteur de semences Cameroun

“De tout temps dans nos sociétés traditionnelles, il y a eu ce que nous appelons la sélection massale. La vieille maman qui fait son maïs, lorsqu’elle observe son champ, elle choisit de très beaux épis et elle les garde comme semences de l’année prochaine. Cette sélection est toujours valable. Sauf que cette sélection, aujourd’hui, ne nous permet plus de faire face aux objectifs de production. Si dans le temps produire 1,2 ou 1,5 tonnes de maïs à l’hectare était acceptable, aujourd’hui, on ne peut pas se permettre de produire moins de 3 tonnes à l’hectare parce qu’il y a des bouches à nourrir. L’agriculture est devenue un business, une activité économique et il faut rentrer dans ses frais. Donc effectivement, il faut avoir une bonne semence pour garantir un bon rendement”

Gabriel MBAIROBE, Ministre de l’Agriculture et du Développement RuralCameroun

Il est institué un Catalogue Officiel des espèces et Variétés dans lequel sont inscrites les variétés végétales développées ou introduites au Cameroun. Il couvre notamment les cultures céréalières, la culture de tubercules comme le plantain, le manioc, les pommes de terre, mais aussi le cacao et les fruits. Selon le ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, les semences ainsi classifiées garantissent le rendement agricole et mettent les agriculteurs à l’abri des coûts liés aux maladies des plantes.

“Nous avons au sein de notre ministère, une direction de la Réglementation et du Contrôle Qualité qui dispose des inspecteurs et des contrôleurs semenciers assermentés et formés. Ceux-là ont l’obligation de descendre au moins quatre fois par an dans une ferme semencière avant de certifier la production ou la récolte issue de cette ferme. Premièrement lors de la mise en place du champ semencier, les inspecteurs doivent vérifier si les conditions pédologiques du sol correspondent à la spéculation qu’ils veulent implanter dans ce champ. Est-ce que les conditions météo, climatiques permettent effectivement d’avoir un champ semencier à cet endroit? Est-ce que ce n’est pas un endroit exposé à la pression parasitaire? Quand vous faites de la semence, il ne faut pas que la semence soit attaquée par des parasites. Deuxièmement, ils reviennent lors de la mise en place des semis. pour vérifier si les règles et les bonnes pratiques agricoles sont respectées. Ils reviennent encore à mi-parcours de la végétation de la semence. Et enfin, ils reviennent quand les récoltes sont prêtes pour voir si les épis correspondent effectivement à ce qu’on attendait.”

Gabriel MBAIROBE, Ministre de l’Agriculture et du Développement RuralCameroun

Au Cameroun, les chiffres sur les besoins nationaux en semences ne sont pas clairement définis. Cependant, en 2021, près de 15 millions de plants issus des pépinières locales ont été utilisés pendant la campagne agricole, selon des chiffres officiels du MINADER. En mai 2022, la Banque Africaine de Développement a accordé une facilité de 1,5 milliard de dollars aux  pays africains, dont le Cameroun. Un financement qui va permettre à 20 millions de petits exploitants agricoles d’accéder plus facilement aux semences, dans le but de produire 11 millions de tonnes de blé, 18 millions de tonnes de maïs, 6 millions de tonnes de riz et 2,5 millions de tonnes de soja.

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